Voyages de découvertes en Afrique

Auteur


Parution: 16Mai 2000
Pages: 1110
Format: 131mm x 198mm
Prix: 47.95 $
ISBN: 978-2-221-07868-6


Voyages de découvertes en Afrique

 » J’étais très curieux d’éclaircir au plus tôt ce point très intéressant d’histoire naturelle et de l’histoire, que j’avais plus d’une fois trouvé consigné dans divers ouvrages et dans des romans tels, entre autres, que les voyages de Jean Strueys. En conséquence, dès le lendemain, je me rendis à la horde voisine avec mon Hottentot, qui reconnut, sur-le-champ, la femme dont la conformation l’avait si merveilleusement étonné ; il me la fit remarquer ; elle était mariée, mère de plusieurs enfants et déjà dans la force de l’âge ; je saisis adroitement différents prétextes de lui faire des cadeaux, afin de la prévenir en ma faveur et de me l’attacher ; en un mot, afin de la séduire ; je n’avais point affaire ici à ces Hottentotes impudentes et débordées des colonies, toujours trop disposées à satisfaire, à prévenir même les Blancs et leurs honteuses fantaisies ; je devais m’attendre à rencontrer ici bien des difficultés ; je savais que les femmes sauvages refusent presque toujours à la curiosité ce qu’elles accordent à l’amour, distinction délicate qu’on ne s’attend pas à trouver dans un désert lorsqu’on y porte ses préjugés et la prévention de l’orgueil.
[…] Je dois le dire et le publier sans cesse ; l’offre de tout ce que je pouvais donner, toutes mes ruses, toutes mes suppliques allaient échouer sans le secours de mes gens et l’empressement vingt fois réitéré de persuader à cette femme que j’étais un curieux d’une race fort étrangère à la sienne et fort éloignée ; que d’autres Hottentotes, des Gonaquoifes, des Caffrines avaient consenti de bonne grâce à ce que je lui demandais ; enfin, que je ne la tiendrais qu’un moment dans cette attitude humiliante, quelques hommes même de la Horde vinrent à l’appui de ces discours et insistèrent en ma faveur. Alors, confuse, embarrassée, tremblante, et, se couvrant le visage de ses deux mains, elle laissa détacher son petit tablier.
Le tablier naturel n’est qu’une prolongation, non pas des nymphes, mais des grandes lèvres des parties de la femme ; elles peuvent arriver jusqu’à neuf pouces plus ou moins, suivant l’âge de la personne, ou les soins assidus qu’elle donne à cette décoration singulière ; […] c’est un goût particulier, un caprice assez rare de la mode, un raffinement de coquetterie. […] Peut-être qu’autrefois on rencontrait jusque dans les lieux qu’occupent aujourd’hui les colonies, des hordes entières de sauvages distinguées par cette particularité ; et c’est probablement ce qui aura donné naissance aux erreurs qu’on a débitées sur ce chapitre ; mais la dispersion éteint bientôt les anciens usages parmi les hommes. Celui-ci n’est pratiqué que, de loin en loin, par quelques individus attachés par tradition aux moeurs antiques et qui se font un mérite scrupuleux de les suivre encore.
François Le Vaillant, Second Voyage dans l’intérieur de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

AUTEUR

Alain Ricard

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