Immigration

Auteur


Parution: Novembre 2020
Pages: 330
Format: 152mm x 238mm
Prix: 34,95 $
ISBN: 978-2221238691


Immigration

Patrick Stefanini aborde, sans langue de bois, chiffres à l’appui et fort de son expérience politique et ministérielle, le sujet toujours explosif et controversé de l’immigration dans notre pays. Il aboutit à un constat édifiant qui a valeur d’avertissement.

La France doit faire face depuis le début du siècle à une nouvelle et puissante vague migratoire. Après s’être stabilisé dans le dernier quart du XXe siècle, le pourcentage des immigrés dans la population de la France est passé de 7,5 % en 2000 à 9,7 % en 2018. Un phénomène trop souvent minimisé par les observateurs et traité par d’autres de manière trop polémique et démagogique. Patrick Stefanini a consacré une partie de sa vie professionnelle à cette question. D’abord comme sous-directeur des étrangers et de la circulation transfrontière au ministère de l’Intérieur entre 1988 et 1991, puis en tant que secrétaire général du Comité interministériel de contrôle de l’immigration entre 2005 et 2009 et premier secrétaire général du ministère confié à Brice Hortefeux en 2007 par Nicolas Sarkozy. Il a participé à des décisions qui prêtèrent à polémique comme le charter des cent un Maliens en 1987 ou l’évacuation de l’église Saint-Bernard en 1996. Il connaît bien la dimension internationale de ce sujet pour avoir été aussi l’un des rédacteurs de l’accord de Dublin signé en 1990 et qui régit encore aujourd’hui la répartition des demandeurs d’asile en Europe ou du Pacte européen sur l’immigration et l’asile conclu en 2008 et le principal négociateur de la dizaine d’accords entre la France et des pays africains à la fin des années 2000. Il en a retiré des convictions qu’il exprime avec force dans ce livre. Il montre comment cette vague migratoire a changé de nature au cours des vingt dernières années. Son moteur principal n’est plus le regroupement familial et elle échappe très largement au contrôle de l’autorité publique. Il en est de même de la demande d’asile, qui a triplé depuis 2007 et que la France a plus de difficultés à réguler que beaucoup d’autres pays européens. Enfin, la politique d’immigration choisie, promue par Nicolas Sarkozy et poursuivie par ses successeurs malgré leurs postures et leurs discours, a eu des effets asymétriques : elle a davantage contribué à augmenter l’immigration économique et celle des étudiants, ce qui était l’un de ses objectifs, qu’à réduire l’immigration familiale ou humanitaire. Malheureusement, ce problème a affecté la France dans une période où ses capacités d’accueil étaient devenues insuffisantes, notre pays souffrant d’un chômage de masse qui ne lui permet plus d’intégrer de façon satisfaisante les nouveaux immigrés. Qu’il s’agisse du logement, de l’école, de l’emploi ou de la pauvreté, tous les indicateurs de la capacité d’accueil de la France, dont l’auteur a fait la synthèse, sont « passés au rouge ». Ce constat ne vise pas pour Patrick Stefanini à incriminer les nouveaux immigrés. Mais à souligner, comme personne ne l’avait fait de cette manière avant lui, que la France, puissance moyenne déclassée aussi bien en Europe que dans Date Impression: 02/10/20 le monde, ne peut plus leur offrir. Faute d’avoir maîtrisé l’immigration et affaiblie économiquement, la France a laissé s’abîmer son modèle social. Mais l’auteur ne se limite pas à un constat d’échec. Il ouvre aussi des pistes nouvelles pour la suite, alors que cette question non résolue continue d’agiter l’opinion et de peser sur le débat politique. Il se demande comment assumer dans ce domaine nos responsabilités d’État souverain sans renier ni notre appartenance à l’Union européenne, ni nos liens historiques avec l’Afrique ? Il préconise en premier lieu un renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne, comme la crise sanitaire que nous venons de vivre a prouvé qu’il était possible de le faire. Les tentatives de franchissement illégal de ces frontières doivent être combattues le plus en amont possible et, en dernier recours, par un refoulement, si nécessaire après un maintien de courte durée dans des zones internationales aménagées à proximité comme c’est le cas dans les aéroports français. La maîtrise de l’immigration passe ensuite par un contrôle plus sérieux et concerté de la demande d’asile afin d’éviter que les personnes concernées puissent s’installer comme elles le veulent sur notre territoire, ce qui aboutit à une concentration excessive de la demande dans certaines régions comme l’Île-de-France. Face à la menace d’une « ruée vers l’Europe » de la jeunesse africaine, que d’aucuns regardent déjà comme une fatalité, la meilleure solution à ses yeux est de combiner l’action militaire de la France et de l’Europe en Afrique avec une réorientation radicale de notre aide au développement en faveur des pays les plus pauvres. Confrontés au double défi du terrorisme et du réchauffement climatique, ces États ne sont pas prioritaires dans la stratégie française d’aide au développement, alors que l’Afrique reste pour l’Europe un partenaire économique incontournable. « Le modèle français d’intégration, asphyxié par le chômage de masse et la tendance au repli identitaire ou au fondamentalisme islamique chez les nouveaux immigrés ou les descendants d’immigrés, est aujourd’hui en panne, insiste Patrick Stefanini. Et la politique de l’État en la matière semble bien timide, voire velléitaire. La solution ne consistera pas, comme certains le proposent, à modifier notre droit de la nationalité. Il ne suffira pas de devenir français pour faciliter l’intégration. C’est l’inverse qui est vrai : devenir français doit rester le couronnement d’un parcours individuel d’intégration, puis d’assimilation. Et plus que jamais, la question se pose en France de savoir s’il ne faudrait pas accueillir moins pour accueillir mieux. » Pour lui la réponse à cette question ne saurait procéder de mots d’ordre simplistes tant l’immigration en France présente des spécificités, historiques ou sociologiques qui rendent difficile une meilleure gestion des flux migratoires. Il en appelle à une volonté politique forte qui, excepté entre 2005 et 2012, a le plus souvent fait défaut, et à s’inspirer des expériences étrangères les plus abouties pour éviter que dans quelques années et de manière définitive, l’immigration n’apparaisse comme un échec français.

AUTEUR

Patrice Stefanini

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