Badonce et les créatures – NE

Auteur


Parution: 23Octobre 2003
Pages: 216
Format: 130mm x 205mm
Prix: 35.95 $
ISBN: 978-2-260-01655-7


Badonce et les créatures – NE

Alexandre Vialatte a publié ce recueil pour la première fois en 1937. Deux tiers de siècle plus tard, la force de son invention, la cocasserie des situations et l'originalité des personnages n'ont pas pris une ride. Mais ce qui frappe surtout c'est la liberté du ton et la virtuosité de la langue. En lisant Vialatte, on se retrouve très vite dans cet état d'euphorie délicieux qui précède l'éclat de rire que procure également l'abus des meilleurs bordeaux. Il y a notamment chez Vialatte un plaisir particulier à dessiner un personnage en quelques mots d'une précision impitoyable. Qu'il s'agisse d'un personnage: «Félix Badonce est ce petit homme un peu gourmé, haut comme trois pommes, qu'on a dû mettre au premier rang et jucher sur deux briques plates pour l'empêcher de disparaître dans la marée des grands dadais.»; d'un portrait de groupe: «Plus bas, il y avait les Chinois: c'étaient des gens doux et paisibles, bien doux, bien polis, bien crasseux. Ils avaient une fumerie avec un vieux à lunettes d'écaille qui ressemblait à un marron sculpté et qui les tuait assez vite à l'aide d'une drogue pas bien fameuse mais, somme toute, expéditive et moins coûteuse que l'opium.»; ou de celui d'un chien qui parle: «Un mètre vingt de haut et des pattes de lion; des dents blanches comme ces femmes de cinéma! quand y vous posait tout d'un coup les deux pattes sur les épaules pour vous dire un secret dans le creux de l'oreille, ça vous faisait serrer les fesses!»; ou, plus terrible, cette évocation d'un rescapé de la guerre de 14 : «Sa gueule cassée fendue de rouge et de lilas de l'oreille droite à l'oreille gauche, lui donne un air épouvantable; sa bouche est si mal réparée qu'il bave dans son mouchoir de poche; il est trop grand, il est trop maigre, il est trop jeune; ses yeux dévorent, sous sa toison de novice, le peu qui reste du visage et qui est encore étoilé de mauve par d'autres brûlures; le front ressemble à une cravate à pois. Si noir, si rouge, ce restant calciné de ce qui fut un homme fait songer au tison fumant.»...

Alexandre Vialatte a publié ce recueil pour la première fois en 1937. Deux tiers de siècle plus tard, la force de son invention, la cocasserie des situations et l’originalité des personnages n’ont pas pris une ride. Mais ce qui frappe surtout c’est la liberté du ton et la virtuosité de la langue. En lisant Vialatte, on se retrouve très vite dans cet état d’euphorie délicieux qui précède l’éclat de rire que procure également l’abus des meilleurs bordeaux.
Il y a notamment chez Vialatte un plaisir particulier à dessiner un personnage en quelques mots d’une précision impitoyable. Qu’il s’agisse d’un personnage: «Félix Badonce est ce petit homme un peu gourmé, haut comme trois pommes, qu’on a dû mettre au premier rang et jucher sur deux briques plates pour l’empêcher de disparaître dans la marée des grands dadais.»; d’un portrait de groupe: «Plus bas, il y avait les Chinois: c’étaient des gens doux et paisibles, bien doux, bien polis, bien crasseux. Ils avaient une fumerie avec un vieux à lunettes d’écaille qui ressemblait à un marron sculpté et qui les tuait assez vite à l’aide d’une drogue pas bien fameuse mais, somme toute, expéditive et moins coûteuse que l’opium.»; ou de celui d’un chien qui parle: «Un mètre vingt de haut et des pattes de lion; des dents blanches comme ces femmes de cinéma! quand y vous posait tout d’un coup les deux pattes sur les épaules pour vous dire un secret dans le creux de l’oreille, ça vous faisait serrer les fesses!»; ou, plus terrible, cette évocation d’un rescapé de la guerre de 14 : «Sa gueule cassée fendue de rouge et de lilas de l’oreille droite à l’oreille gauche, lui donne un air épouvantable; sa bouche est si mal réparée qu’il bave dans son mouchoir de poche; il est trop grand, il est trop maigre, il est trop jeune; ses yeux dévorent, sous sa toison de novice, le peu qui reste du visage et qui est encore étoilé de mauve par d’autres brûlures; le front ressemble à une cravate à pois. Si noir, si rouge, ce restant calciné de ce qui fut un homme fait songer au tison fumant.»…

AUTEUR

Alexandre Vialatte

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