L’oeil du coyote

Auteur


Parution: 29Février 2000
Pages: 198
Format: 135mm x 215mm
Prix: 36.95 $
ISBN: 978-2-221-09137-1


L’oeil du coyote

 » Rien d’autre, dans les premiers mots échangés avec Mr. Shadow, que des banalités polies, manière de s’éclaircir la gorge. On est à Vegas pour longtemps ? Ah, vous êtes français ? etc.Mais dans l’ascenseur :- Étonnant que n’ayez pas joué encore… Les nouveaux venus se jettent sur les cartes en débarquant.- Était-ce là  » le prisonnier volontaire  » du Starlight, celui que les femmes de chambre, dont aucune pourtant n’avait lu Alexandre Dumas, regardaient comme le Comte de Monte-Cristo ou le Masque de Fer ?… En moins d’un quart d’heure j’avais hissé Mr. Shadow au rang des heureux mortels toujours maître d’eux-mêmes, à qui l’on ne fait pas prendre les vessies pour des lanternes. Hélas, il filait son soliloque sans me laisser le moindre espoir de le percer à jour. Après tout, était-ce indispensable ? J’étais de passage, touriste banal de circuit organisé, client ordinaire de Dreamtour, l’agence qui ne laisse rien au hasard dans vos jours ni dans vos nuits, au point de vous remettre une enveloppe de cent dollars pour votre première mise à Las Vegas. Dans ces conditions, pourquoi m’être fourvoyé sur la piste d’une ombre ? Pour le plaisir d’élucider un patronyme incertain ? Non, il y avait autre chose. Depuis qu’un petit héritage me donnait les moyens de me déplacer, j’avais contracté une sorte de maladie qui me saisissait dès l’aéroport : en tout inconnu, j’espérais, l’exilé, le clandestin, le révolutionnaire en fuite, ou même l’escroc international. Seul l’honnête quidam, sur ce marché, n’avait pas de cote. Au fond, les femmes de chambre, dans leur simplicité, rêvaient juste, et le nom de Mr. Shadow enfiévrait les imaginations.  » Et si Shadow ne faisait qu’un avec le narrateur, ombre chinoise se métamorphosant au gré de ses fantasmagories, conteur diabolique auquel nul scepticisme ne résiste. À l’en croire, les fondateurs de Vegas, envoûtés par un hippie féru de mythologie antique, lui auraient rendu hommage en érigeant des palaces aux décors de peplum ; Oppenheimer, l’inventeur de la bombe H, aurait traîné sa mélancolie autour des premières tables de jeu de la ville ; plus récemment, le barman du Nautilus organiserait des rencontres nocturnes avec un coyote nommé Manalone ; Pandora, la plus inaccessible des changeuses, élèverait sa fille à la manière de sioux, dérogeant aux règles du Syndicat des mères libres… à l’en croire, Las Vegas, le temple de la laideur et du plaisir conditionné, recèlerait des trésors de fantaisie poétique…

AUTEUR

Georges Walter

Né à Budapest, Georges Walter fuit l'Europe centrale pour Nice pendant la guerre. Journaliste de la presse écrite et audiovisuelle, dialoguiste, il est surtout écrivain, auteur d'une magistrale biographie d'Edgar Allan Poe (éditions Flammarion), d'une dizaine de romans, parmi lesquels Les Enfants d'Attila, Des vols de Vanessa, prix Interallié 1972. Il a publié aux éditions Laffont, son best seller Le Palanquin des larmes et, vingt ans plus tard, en 1996, La Montagne des Parfums, un document sur le Viêt Nam.

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