Les maîtres de l’étrange et de la peur

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Parution: 09Mai 2000
Pages: 928
Format: 132mm x 198mm
Prix: 54.95 $
ISBN: 978-2-221-07810-5


Les maîtres de l’étrange et de la peur

Cette anthologie prend la suite de la plus grande entreprise de librairie du XVIIIe siècle, le Cabinet des fées, qui rassemblait en quarante et un volumes tous les contes dévoués au merveilleux et au surnaturel depuis Homère jusqu'aux Contes de Perrault, en passant par Les Mille et Une Nuits. Le genre fantastique connaît d'abord une lente genèse avec l'abbé Prévost, le marquis de Sade, Cazotte avant d'exploser au siècle suivant. Jusqu'à Guillaume Apollinaire, quelque cent cinquante auteurs se sont divertis à piéger la curiosité du lecteur et à l'entraîner dans le jeu de la peur et de l'incroyable, dont il ressort ébloui, torturé par un malaise qu'aucune fée ou aucun enchanteur ne vient dissiper. " Vous me demandez, frère, si j'ai aimé ; oui. C'est une histoire singulière et terrible, et, quoique j'aie soixante-six ans, j'ose à peine remuer la cendre de ce souvenir. Je ne veux rien vous refuser, mais je ne ferais pas à une âme moins éprouvée un pareil récit. Ce sont des événements si étranges, que je ne puis croire qu'ils me soient arrivés. J'ai été pendant plus de trois ans le jouet d'une illusion singulière et diabolique. Moi, pauvre prêtre de campagne, j'ai mené en rêve toutes les nuits (Dieu veuille que ce soit un rêve !) une vie de damné, une vie de mondain et de Sardanapale. Un seul regard trop plein de complaisance jeté sur une femme pensa causer la perte de mon âme ; mais enfin, avec l'aide de Dieu et de mon saint patron, je suis parvenu à chasser l'esprit malin qui s'était emparé de moi. Mon existence s'était compliquée d'une existence nocturne entièrement différente. Le jour, j'étais un prêtre du Seigneur, chaste, occupé de la prière et des choses saintes ; la nuit, dès que j'avais fermé les yeux, je devenais un jeune seigneur, fin connaisseur en femmes, en chiens et en chevaux, jouant aux dés, buvant et blasphémant ; et lorsqu'au lever de l'aube je me réveillais, il me semblait au contraire que je m'endormais et que je rêvais que j'étais prêtre. De cette vie somnambulique il m'est resté des souvenirs d'objets et de mots dont je ne puis pas me défendre, et, quoique je ne sois jamais sorti des murs de mon presbytère, on dirait plutôt, à m'entendre, un homme ayant usé de tout et revenu du monde, qui est entré en religion et qui veut finir dans le sein de Dieu des jours trop agités, qu'un humble séminariste qui a vieilli dans une cure ignorée, au fond d'un bois et sans aucun rapport avec les choses du siècle. " Oui, j'ai aimé comme personne au monde n'a aimé, d'un amour insensé et furieux, si violent que je suis étonné qu'il n'ait pas fait éclater mon coeur. Ah ! quelles nuits ! quelles nuits ! " Théophile Gautier, La Morte amoureuse

Cette anthologie prend la suite de la plus grande entreprise de librairie du
XVIIIe siècle, le Cabinet des fées, qui rassemblait en quarante et un volumes tous les contes dévoués au merveilleux et au surnaturel depuis Homère jusqu’aux Contes de Perrault, en passant par Les Mille et Une Nuits. Le genre fantastique connaît d’abord une lente genèse avec l’abbé Prévost, le marquis de Sade, Cazotte avant d’exploser au siècle suivant. Jusqu’à Guillaume Apollinaire, quelque cent cinquante auteurs se sont divertis à piéger la curiosité du lecteur et à l’entraîner dans le jeu de la peur et de l’incroyable, dont il ressort ébloui, torturé par un malaise qu’aucune fée ou aucun enchanteur ne vient dissiper.
 » Vous me demandez, frère, si j’ai aimé ; oui. C’est une histoire singulière et terrible, et, quoique j’aie soixante-six ans, j’ose à peine remuer la cendre de ce souvenir. Je ne veux rien vous refuser, mais je ne ferais pas à une âme moins éprouvée un pareil récit. Ce sont des événements si étranges, que je ne puis croire qu’ils me soient arrivés. J’ai été pendant plus de trois ans le jouet d’une illusion singulière et diabolique. Moi, pauvre prêtre de campagne, j’ai mené en rêve toutes les nuits (Dieu veuille que ce soit un rêve !) une vie de damné, une vie de mondain et de Sardanapale. Un seul regard trop plein de complaisance jeté sur une femme pensa causer la perte de mon âme ; mais enfin, avec l’aide de Dieu et de mon saint patron, je suis parvenu à chasser l’esprit malin qui s’était emparé de moi. Mon existence s’était compliquée d’une existence nocturne entièrement différente. Le jour, j’étais un prêtre du Seigneur, chaste, occupé de la prière et des choses saintes ; la nuit, dès que j’avais fermé les yeux, je devenais un jeune seigneur, fin connaisseur en femmes, en chiens et en chevaux, jouant aux dés, buvant et blasphémant ; et lorsqu’au lever de l’aube je me réveillais, il me semblait au contraire que je m’endormais et que je rêvais que j’étais prêtre. De cette vie somnambulique il m’est resté des souvenirs d’objets et de mots dont je ne puis pas me défendre, et, quoique je ne sois jamais sorti des murs de mon presbytère, on dirait plutôt, à m’entendre, un homme ayant usé de tout et revenu du monde, qui est entré en religion et qui veut finir dans le sein de Dieu des jours trop agités, qu’un humble séminariste qui a vieilli dans une cure ignorée, au fond d’un bois et sans aucun rapport avec les choses du siècle.
 » Oui, j’ai aimé comme personne au monde n’a aimé, d’un amour insensé et furieux, si violent que je suis étonné qu’il n’ait pas fait éclater mon coeur. Ah ! quelles nuits ! quelles nuits !  »
Théophile Gautier, La Morte amoureuse

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