Ignare Academy

Auteur
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Parution: 26Septembre 2002
Pages: 208
Format: 140mm x 225mm
Prix: 34.95 $
ISBN: 978-2-841-11262-3


Ignare Academy

«Dans une école qui se veut avant tout utilitaire (sans parvenir d'ailleurs à atteindre le moins du monde ce médiocre but), il est clair que la littérature, l'histoire, la philosophie apparaissent comme un luxe dont on peut se passer. C'est vrai, on ne peut défendre leur survie qu'au nom de principes qui ne sont pas les leurs, montrer sans cesse patte blanche à des valeurs qui ne leur sont pas opposées mais étrangères. Même si, ponctuellement bien-entendu, elles peuvent les appuyer, ce ne sera jamais que conjoncturel, ce n'est pas leur essence. Autrefois lieu où l'on apprenait le respect des grandes oeuvres, l'école est maintenant l'agora où l'on bafoue leur gloire immarcescible. «À l'heure où l'on confond sans vergogne l'utile et l'essentiel, la liberté et la facilité, la littérature semble forcément inutile puisque non reproductible. Éternelle par essence, une oeuvre occupe dans la culture un espace qu'aucune production journalistique ne pourrait occuper si elle venait à disparaître. Le statut de la littérature n'est pas négociable. Or justement, c'est cela que les différentes réformes ne cessent de négocier: on discute le bout de gras pour savoir quelle place, nécessairement de plus en plus modeste, doivent tenir les oeuvres littéraires, éternelles et magistrales dans l'enseignement du français. Sans les lettres, sans évidemment la grammaire et l'orthographe aux oubliettes depuis belle lurette, ce dernier se voit attribuer une vocation de plus en plus modeste (comme d'ailleurs le volume horaire qui lui est imparti et les coefficients qui lui sont attribués) et indéfinie: aider probablement les jeunes générations à se sentir en phase avec leur époque, tout comme la philosophie qui devient de moins en moins philosophique, l'histoire ou la géographie amalgamées en un vague jeu de “connaissances” (ou illusion de connaissances) du monde. «Les réformes, loin de porter sur la forme ou sur les moyens des enseignements, comme les apparences le laisseraient croire, en dénaturent le fond. Le choix n'est pas entre immobilisme et abandon. Réformer, c'est changer en améliorant, pas faire table rase. Seule une contestation radicale de ces réformes pourrait alors amorcer un changement de tendance: tant que les finalités de l'éducation ne seront pas clairement repensées, les racines de cette exceptionnelle dégradation resteront vivaces. Raymond Aron disait que “la Révolution comme la guerre risque de déchirer la pellicule de civilisation lentement formée au cours des siècles”. C'est exactement ce que font ces différentes réformes et l'évolution générale de l'éducation avec notre culture.»

«Dans une école qui se veut avant tout utilitaire (sans parvenir d’ailleurs à atteindre le moins du monde ce médiocre but), il est clair que la littérature, l’histoire, la philosophie apparaissent comme un luxe dont on peut se passer. C’est vrai, on ne peut défendre leur survie qu’au nom de principes qui ne sont pas les leurs, montrer sans cesse patte blanche à des valeurs qui ne leur sont pas opposées mais étrangères. Même si, ponctuellement bien-entendu, elles peuvent les appuyer, ce ne sera jamais que conjoncturel, ce n’est pas leur essence. Autrefois lieu où l’on apprenait le respect des grandes oeuvres, l’école est maintenant l’agora où l’on bafoue leur gloire immarcescible.
«À l’heure où l’on confond sans vergogne l’utile et l’essentiel, la liberté et la facilité, la littérature semble forcément inutile puisque non reproductible. Éternelle par essence, une oeuvre occupe dans la culture un espace qu’aucune production journalistique ne pourrait occuper si elle venait à disparaître. Le statut de la littérature n’est pas négociable. Or justement, c’est cela que les différentes réformes ne cessent de négocier: on discute le bout de gras pour savoir quelle place, nécessairement de plus en plus modeste, doivent tenir les oeuvres littéraires, éternelles et magistrales dans l’enseignement du français. Sans les lettres, sans évidemment la grammaire et l’orthographe aux oubliettes depuis belle lurette, ce dernier se voit attribuer une vocation de plus en plus modeste (comme d’ailleurs le volume horaire qui lui est imparti et les coefficients qui lui sont attribués) et indéfinie: aider probablement les jeunes générations à se sentir en phase avec leur époque, tout comme la philosophie qui devient de moins en moins philosophique, l’histoire ou la géographie amalgamées en un vague jeu de “connaissances” (ou illusion de connaissances) du monde.
«Les réformes, loin de porter sur la forme ou sur les moyens des enseignements, comme les apparences le laisseraient croire, en dénaturent le fond. Le choix n’est pas entre immobilisme et abandon. Réformer, c’est changer en améliorant, pas faire table rase. Seule une contestation radicale de ces réformes pourrait alors amorcer un changement de tendance: tant que les finalités de l’éducation ne seront pas clairement repensées, les racines de cette exceptionnelle dégradation resteront vivaces. Raymond Aron disait que “la Révolution comme la guerre risque de déchirer la pellicule de civilisation lentement formée au cours des siècles”. C’est exactement ce que font ces différentes réformes et l’évolution générale de l’éducation avec notre culture.»

AUTEUR

Claire Laux

AUTEUR

Isabel Weiss

Isabel Weiss est philosophe et travaille principalement sur la philosophie de la compréhension et du sens, et plus précisément sur les formes de pensée, d'écriture et d'organisation sociale dans une optique herméneutique et spéculative.

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