Le divan dans la vitrine

Auteur


Parution: 16Novembre 2000
Pages: 304
Format: 140mm x 225mm
Prix: 39.95 $
ISBN: 978-2-841-11146-6


Le divan dans la vitrine

L'heure est à la « psy ». Non seulement il est devenu commun de déchiffrer le réel à l'aide de notions d'inspiration psychanalytique, mais la société elle-même a de plus en plus recours aux différentes théories et thérapies qui se préoccupent du psychisme pour résoudre les problèmes qu'elle rencontre. Présenter cette tendance comme excessive et remettre en cause sa légitimité peut paraître surprenant quand celle-ci se réclame d'une approche plus humaniste de l'homme. Mais il y a bel et bien abus, et celui-ci est source de dangers pour cet homme même qu'on prétend préserver. Il n'est que de se pencher sur ces maîtres mots qui imprègnent l'air du temps : l'« urgence » des soins psychologiques proposés par la société, après des accidents par exemple, et la « transparence » dans le rapport social et politique. La première exprime l'obsession de guérir d'une société qui impose l'aide au lieu d'en laisser le choix car elle veut écarter les éléments malades ; la seconde rend public un domaine qui devrait rester privé et qui tombe de ce fait sous le contrôle du pouvoir politique. La mauvaise compréhension de notions psychanalytiques qui sont plaquées sur la réalité sociale produit des illusions bienveillantes et masque en fait des exigences d'ordre social et politique. Quand publicité, médias ou justice ont recours à la psychanalyse, c'est l'efficacité de cette thérapeutique qui est mise en danger, et par conséquent le sujet humain, qu'elle a pour fonction de rendre à lui-même. Usant abusivement et de façon simpliste de la théorie lacanienne du miroir, la publicité réduit l'identité de l'homme à des archétypes. De leur côté, en présentant une interprétation psychanalysante d'un événement comme une information et non comme une lecture possible parmi d'autres, les médias uniformisent la pensée ; ils réduisent aussi la psychanalyse à des généralités qui schématisent de façon grossière le comportement humain et ne peuvent que renforcer la méfiance à l'égard du « psy ». Quant à la collaboration de la psychanalyse avec la justice, elle conduit dangereusement à mêler l'évaluation des actes d'un individu à l'évaluation de ce qu'il est. Et, de l'explication d'un acte par une dynamique inconsciente, on glisse vers l'effacement de la responsabilité. Mais la psychanalyse dépend aussi de ceux qui l'exercent. Pour éviter qu'elle soit réduite au statut de simple rumeur ou sacralisée, les analystes doivent démythifier leur pratique, qui n'a rien de mystérieux, et leur savoir... qui n'en est pas un : il n'est que reconnaissance du fait que l'être humain est un sujet, reconnaissance des différences entre ces « je ».

L’heure est à la « psy ». Non seulement il est devenu commun de déchiffrer le réel à l’aide de notions d’inspiration psychanalytique, mais la société elle-même a de plus en plus recours aux différentes théories et thérapies qui se préoccupent du psychisme pour résoudre les problèmes qu’elle rencontre.
Présenter cette tendance comme excessive et remettre en cause sa légitimité peut paraître surprenant quand celle-ci se réclame d’une approche plus humaniste de l’homme. Mais il y a bel et bien abus, et celui-ci est source de dangers pour cet homme même qu’on prétend préserver. Il n’est que de se pencher sur ces maîtres mots qui imprègnent l’air du temps : l’« urgence » des soins psychologiques proposés par la société, après des accidents par exemple, et la « transparence » dans le rapport social et politique. La première exprime l’obsession de guérir d’une société qui impose l’aide au lieu d’en laisser le choix car elle veut écarter les éléments malades ; la seconde rend public un domaine qui devrait rester privé et qui tombe de ce fait sous le contrôle du pouvoir politique. La mauvaise compréhension de notions psychanalytiques qui sont plaquées sur la réalité sociale produit des illusions bienveillantes et masque en fait des exigences d’ordre social et politique.
Quand publicité, médias ou justice ont recours à la psychanalyse, c’est l’efficacité de cette thérapeutique qui est mise en danger, et par conséquent le sujet humain, qu’elle a pour fonction de rendre à lui-même. Usant abusivement et de façon simpliste de la théorie lacanienne du miroir, la publicité réduit l’identité de l’homme à des archétypes. De leur côté, en présentant une interprétation psychanalysante d’un événement comme une information et non comme une lecture possible parmi d’autres, les médias uniformisent la pensée ; ils réduisent aussi la psychanalyse à des généralités qui schématisent de façon grossière le comportement humain et ne peuvent que renforcer la méfiance à l’égard du « psy ». Quant à la collaboration de la psychanalyse avec la justice, elle conduit dangereusement à mêler l’évaluation des actes d’un individu à l’évaluation de ce qu’il est. Et, de l’explication d’un acte par une dynamique inconsciente, on glisse vers l’effacement de la responsabilité.
Mais la psychanalyse dépend aussi de ceux qui l’exercent. Pour éviter qu’elle soit réduite au statut de simple rumeur ou sacralisée, les analystes doivent démythifier leur pratique, qui n’a rien de mystérieux, et leur savoir… qui n’en est pas un : il n’est que reconnaissance du fait que l’être humain est un sujet, reconnaissance des différences entre ces « je ».

AUTEUR

Sylvie Nerson Rousseau

Sylvie Nerson Rousseau est psychanalyste. Elle exerce comme psychologue clinicienne à la maison d'arrêt de la Santé, à Paris. Elle est membre du Cercle freudien et fondatrice du Carrefour interdisciplinaire de recherche sur l'individu (CIRI). Elle a publié de nombreux articles sur l'articulation de la psychanalyse et des problèmes de société.

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