Les vestiges du pire

Auteur


Parution: 16Novembre 2000
Pages: 256
Format: 135mm x 215mm
Prix: 36.95 $
ISBN: 978-2-841-11219-7


Les vestiges du pire

En 1995, Michel Pesnel se rend en Allemagne pour la commémoration de la libération de Buchenwald. Dépassant le stade de la simple émotion, il livre ici une réflexion sur l'univers concentrationnaire. Il décrit le camp et son fonctionnement, à la fois dans le passé et le présent, confrontant les témoignages des survivants aux vestiges de la machine à tuer. Outre les faits, il évoque l'organisation de la microsociété nazie, l'impensable souffrance des internés, et s'interroge sur la valeur pédagogique de la reconstitution des lieux opérée après guerre. À l'heure où les derniers témoins disparaissent, où le travail historique bute sur « le tabou » et l'indicible, où la fiction tente malaisément de relayer la mémoire, il examine tous les points de vue, en appelle aux grands témoins – David Rousset, Antelme, Primo Levi, Jorge Semprun – et rejoint la parole de Jankélévitch « un crime insondable appelle une méditation inépuisable ». « Que vaut, hors le travail savant, le regard porté sur les camps par une personne née en 1952 ? Peut-on évoquer les camps sans les avoir vécus ? L'inévitable projection aidant, le malaise survient d'avoir osé se mettre à la place du déporté, mais aussi, d'une certaine manière, de prétendre le juger. Double sacrilège méconnaissant l'obstacle de l'insondable et de l'indicible. Je fis part de ce malaise à un ami d'une autre génération rescapé de Dachau. “Ne t'inquiète pas, me répondit-il, continue ; écris. Bien sûr, tu n'approcheras jamais, même de loin, ce que nous avons souffert là-bas – c'est ce qu'il appelle son initiation au mal. Mais il est important que les enfants de l'après-guerre écrivent. Ainsi vous contribuerez à entretenir la mémoire de notre sacrifice, à maintenir une vigilance nécessaire, à réfléchir sur vous-même, aussi. Si notre expérience s'efface, tout aura été vain.” Cet enlisement de la mémoire je l'avais ressenti enfant, voici près de quarante ans, dans ma ville natale, à Caen. C'était un dimanche d'avril, encore signalé dans le calendrier des postes par la mention « souv. déportés ». Ce matin-là, mon père m'a emmené rue du 6-juin, pour assister à un dépôt de gerbes. Certains rescapés des camps étaient moins âgés que je ne le suis maintenant. Après les officiels et la musique, chacun rentra chez soi. Les anciens déportés, eux, allaient se relayer, heure après heure, en postant un camarade près de la stèle. L'après-midi je suis revenu. Il pleuvait. L'avenue était noyée dans le gris. Les trottoirs vides. Cette image d'abandon et de volonté mêlés m'a poursuivi. »

En 1995, Michel Pesnel se rend en Allemagne pour la commémoration de la libération de Buchenwald. Dépassant le stade de la simple émotion, il livre ici une réflexion sur l’univers concentrationnaire. Il décrit le camp et son fonctionnement, à la fois dans le passé et le présent, confrontant les témoignages des survivants aux vestiges de la machine à tuer.
Outre les faits, il évoque l’organisation de la microsociété nazie, l’impensable souffrance des internés, et s’interroge sur la valeur pédagogique de la reconstitution des lieux opérée après guerre. À l’heure où les derniers témoins disparaissent, où le travail historique bute sur « le tabou » et l’indicible, où la fiction tente malaisément de relayer la mémoire, il examine tous les points de vue, en appelle aux grands témoins – David Rousset, Antelme, Primo Levi, Jorge Semprun – et rejoint la parole de Jankélévitch « un crime insondable appelle une méditation inépuisable ».
« Que vaut, hors le travail savant, le regard porté sur les camps par une personne née en 1952 ? Peut-on évoquer les camps sans les avoir vécus ? L’inévitable projection aidant, le malaise survient d’avoir osé se mettre à la place du déporté, mais aussi, d’une certaine manière, de prétendre le juger. Double sacrilège méconnaissant l’obstacle de l’insondable et de l’indicible. Je fis part de ce malaise à un ami d’une autre génération rescapé de Dachau. “Ne t’inquiète pas, me répondit-il, continue ; écris. Bien sûr, tu n’approcheras jamais, même de loin, ce que nous avons souffert là-bas – c’est ce qu’il appelle son initiation au mal. Mais il est important que les enfants de l’après-guerre écrivent. Ainsi vous contribuerez à entretenir la mémoire de notre sacrifice, à maintenir une vigilance nécessaire, à réfléchir sur vous-même, aussi. Si notre expérience s’efface, tout aura été vain.”
Cet enlisement de la mémoire je l’avais ressenti enfant, voici près de quarante ans, dans ma ville natale, à Caen. C’était un dimanche d’avril, encore signalé dans le calendrier des postes par la mention « souv. déportés ». Ce matin-là, mon père m’a emmené rue du 6-juin, pour assister à un dépôt de gerbes. Certains rescapés des camps étaient moins âgés que je ne le suis maintenant. Après les officiels et la musique, chacun rentra chez soi. Les anciens déportés, eux, allaient se relayer, heure après heure, en postant un camarade près de la stèle. L’après-midi je suis revenu. Il pleuvait. L’avenue était noyée dans le gris. Les trottoirs vides. Cette image d’abandon et de volonté mêlés m’a poursuivi. »

AUTEUR

Michel Pesnel

Michel Pesnel est né en 1952 à Caen. Après des études de philosophie, il entre à la direction des PTT où il assure la formation professionnelle. Engagé syndicalement, il rejoint en 1993 le secrétariat général de FO-PTT pour se consacrer à la communication syndicale et au dossier de la libéralisation.

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